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L'aquaculture à La Réunion

1) Le contexte réunionnais (Erick LECLERCQ, ISA/ARDA, 2003)

Introduction

Malgré l’insularité et l’isolement de l’île, la culture réunionnaise n’a jamais intégré les pratiques aquacoles dans ses activités traditionnelles. Du fait de la croissance démographique et des faibles potentialités de la pêche dans cette zone, le développement de l’aquaculture s’est finalement imposé. Une volonté régionale forte et l’application des connaissances sur le tilapia au début des années 1990 ont permis la création d’un modèle d’élevage rentable et adapté au contexte local. Une filière d’aquaculture continentale s’est alors mise en place avec le soutien appuyé de l’Association Réunionnaise de Développement de l’Aquaculture (ARDA). Cette association, issue d’une délégation du service public, a dès lors été l’instigateur principal de la filière aquacole à La Réunion. Ses infrastructures techniques ont constitué le modèle de base des exploitations de tilapia en activité principale tandis qu’elle a développé de petites infrastructures pour donner l’accès à cet élevage aux exploitants agricoles traditionnels.

L’effort de développement d’ateliers piscicoles chez les agriculteurs traditionnels doit être maintenu par l’ARDA. Les exploitants installés maîtrisent peu la production piscicole tandis que des porteurs de projets apparaissent régulièrement. Après une période de réussite du programme suite à son lancement, les structures de développement sont désormais dépassées par la multiplication des fronts d’actions. Un bilan du programme a été dressé pour mettre en place, au sein de ces structures, une méthodologie de travail adaptée et ainsi permettre la croissance de cette filière et favoriser l’autonomie des exploitants.

La réussite de l’élevage de tilapia passe par le contrôle de la reproduction. Cette maîtrise chez Oreochromis aureus a permis le développement d’ateliers chez les agriculteurs des Hauts (zone rurale d’altitude) tandis que la méthode employée pourrait généraliser cette espèce de tilapia chez tous les éleveurs.

Le marché du poisson

A partir des habitudes d’achats des consommateurs et des occasions d’achats déclarées, une enquête de consommation a évalué le marché du poisson frais dans une fourchette allant de 3000 à 4400 T en 2002. En cumulant les niveaux de production des pêches ainsi que les importations (272 T en 1999), le niveau de l’offre en poisson frais est approximativement de 3000 T. La production correspondant au niveau bas de la consommation potentielle estimée, ces chiffres montrent bien que l’offre en poisson frais est déficitaire. En effet, chaque semaine, les GMS (Grandes et Moyennes Surfaces) aimeraient s’approvisionner de 200 kg de poissons frais supplémentaires (P. Bosc, Directeur de l’ARDA, communication personnelle), sans effort promotionnel.

En poissons congelés, la quantité pêchée localement est de 1200 T et les importations sont d’environ 4600 T pour une consommation totale de 5800 T.

Les trop faibles ressources de poissons au niveau local n’ont pas permis un développement suffisant des infrastructures, ce qui aurait également facilité l’écoulement des grands poissons pélagiques. Ainsi, les importations de poissons congelés occupent toujours la première place des ventes tandis que l’offre en poisson frais reste déficitaire.

2) Historique de l’Aquaculture à La Réunion (Erick LECLERCQ, ISA/ARDA, 2003)

Apparition des premiers élevages : la truite, le tilapia

Le Service des Eaux et Forêts (actuellement l’Office National des Forêts) a mis en place le premier élevage aquacole réunionnais en 1950 dans le cirque de Salazie. Cette pisciculture de truites arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss) importait alors ses œufs embryonnés de Madagascar.

A la même période, ce même service introduit 4 espèces de tilapia : Oreochromis macrochir, O. melanopleura, O. mossambicus, O. niloticus. A partir de ces espèces, il développe une activité aquacole de type familial afin d’apporter une ressource alimentaire complémentaire. Ces espèces de tilapia font alors souche aussi bien dans les élevages que dans le milieu naturel.

La tortue de mer

La ferme Corail, initialement à vocation alimentaire débute l’élevage en ’ranching’ de tortues de mer (Chelonia midas), à St-Leu en 1977. Cette technique consistait à prélever dans le milieu naturel les juvéniles (Iles Eparses, 3000 à 4000 /an), de les acheminer jusqu’à la ferme et de les élever jusqu’à une taille adulte ou sub-adulte.

L’application de la réglementation de la Convention de Washington sur le commerce international des espèces menacées d’extinction a conduit à l’arrêt de l’élevage commercial de la tortue de mer fin 1997. Dès le début de l’année 1998, la Ferme Corail s’est reconvertie en Maison de la tortue à vocation pédagogique et expérimentale : Le Centre d’Etude et de Découverte des Tortues Marines (C.E.D.T.). Elle appartient désormais à la Région Réunion.

Le camaron

A partir des années 1980, les importations de poissons frais et congelés sont en constante progression, notamment en raison de la structuration des circuits de distribution (GMS,…). Un déséquilibre chronique entre la production halieutique et la consommation intérieure en produits de la mer s’installe. Parallèlement, l’évolution socio-économique sur l’île nécessite la création d’activités rémunératrices. Dès lors, le développement d’activités aquacoles par et pour les habitants est soutenu activement par les décideurs locaux.

En 1985, l’IFREMER décide de développer la filière aquacole réunionnaise à partir de l’élevage de la crevette d’eau douce, Macrobrachium rosenbergii.

Le choix de cette espèce a été motivé par les critères suivants :

  • Des acquis techniques fiables et accessibles résultant des expériences conduites aux Antilles.
  • L’existence d’un marché rémunérateur et demandeur.

Le programme de développement est alors initié pour un objectif à terme de 30 hectares exploités. Rapidement la production de cette espèce s’est révélée inadaptée et des problèmes zootechniques sont apparus.

Nouvelles orientations en aquaculture continentale

La recherche du modèle d’élevage

L’analyse de l’échec de la crevette a permis d’identifier les contraintes majeures au développement de l’aquaculture à La Réunion :

  • L’absence de tradition aquacole et de savoir-faire local.
  • L’isolement par rapport aux centres de compétence.
  • L’accès difficile au foncier et une concurrence sévère avec les cultures traditionnelles, notamment la canne à sucre.
  • Une rentabilité à l’hectare faible (1,5 à 2,0 tonnes) de la crevette dans les conditions environnementales locales (saison froide marquée).
  • Des coûts d’investissement élevés.

Une analyse socio-économique approfondie de ces contraintes a été menée afin de sélectionner un modèle d’élevage transférable et susceptible de s’intégrer au contexte réunionnais. Ce modèle se devait de répondre aux critères suivants :

  • Un modèle d’élevage flexible, susceptible de s’adapter aux différentes contraintes de développement rencontrées sur l’île (disponibilité limitée en eau, surfaces exploitables faibles, relief marqué,…).
  • Un modèle d’élevage n’exigeant pas un haut degré de technicité.
  • Une rentabilité à l’hectare suffisante pour limiter la taille des exploitations et limiter la difficulté d’accès au foncier.
  • Une productivité à l’hectare susceptible d’évoluer avec l’assimilation des techniques d’élevage par les éleveurs.

Sur la base de cette réflexion, le Conseil Régional de La Réunion a décidé en 1989 de s’impliquer dans le développement d’une filière aquacole locale dans le cadre de sa politique d’incitation à la diversification des productions agricoles. Une structure de transfert développement (Centre Régional d’Application Aquacole : C.R.A.A.) dotée d’une ferme pilote et d’une écloserie (Eclosia) ont été mise en place pour bâtir un modèle technique maîtrisé et adapté. La gestion de ces outils est alors confiée à l’Association Réunionnaise de Développement de l’Aquaculture (ARDA), créée à cette initiative en novembre 1991.

La sélection du modèle biologique : le tilapia

Les espèces de tilapia du genre Oreochromis sont rapidement apparues adaptées par leurs réponses aux différentes contraintes locales (Bosc, 1994). Les tilapias présentent de grandes potentialités pour la pisciculture, en partie liées à l’extrême facilité de leur élevage (Mélard et Philippart, 1981) :

  • Une croissance rapide.
  • Un cycle de reproduction naturel aisé en captivité.
  • Une grande résistance aux manipulations, au manque d’oxygène, aux toxiques, aux maladies.
  • Un spectre alimentaire large.
  • Un large éventail d’espèces adaptées à des environnements variés (eau douce, eau saumâtre et eau de mer).

Situation actuelle

L’aquaculture à La Réunion est donc une activité récente. Son niveau de production a presque doublé depuis 1994, mais reste assez faible avec 125 T produites (2007).

La filière truite s’est développée à partir des années 1980 sous l’impulsion d’exploitants entrepreneurs. Elle a produit en 2007, 35 T mais se limite à des zones restreintes de l’île. Elle ne devrait pas significativement évoluer dans les années à venir. Le modèle d’élevage est semi-intensif voire intensif de type métropolitain et se caractérise par des cycles courts (petites tailles), des ventes en direct (2/3) et en GMS (1/3).

Le tilapia représente les deux tiers de la production aquacole continentale (62 T en 2007), preuve de la réussite de son introduction. Il est élevé sur un modèle semi-intensif à forte productivité. Son niveau de production stagne depuis quelques années. Les moyens d’un pays développé sont ici maîtrisés : une alimentation riche en protéine et l’élevage monosexe mâle.

Les autres espèces continentales élevées à La Réunion sont la carpe commune et la carpe koï (Cyprinus carpio).

Depuis 1999, l’ARDA a initié un développement de l’aquaculture marine qui repose sur 2 espèces principales : l’ombrine tropicale (Sciaenops ocellatus) et la daurade tropicale (Rhabdosargus sarba).

Depuis 2001, on constate une baisse des productions de poisson d’eau douce et l’apparition des produits d’aquaculture marine (28 T en 2008).