A La Réunion, le « bichique » est une ressource à forte valeur socio-économique et patrimoniale mais constitue également un modèle complexe d’adaptation d’espèce d’origine marine à la vie dulçaquicole. En effet, il s’agit des juvéniles de Gobiidés amphidromes, poissons d’eau douce qui gardent une phase larvaire pélagique marine. Sicyopterus lagocephalus et Cotylopus acutipinnis sont deux de ces espèces bien représentées dans les rivières de La Réunion, la première étant dominante.
Sicyopterus lagocephalus (E. Vigneux)
Cotylopus acutipinnis (E. Vigneux)
Une étude de la structure génétique des populations de cabots bouche-rondes (adultes des bichiques) a été menée (Berrebi & Cattaneo-Berrebi, 2001).
Cette étude ayant eu le soutien financier du Conseil Général de La Réunion, s’inscrivait dans le cadre d’un programme de recherche sur les deux espèces de cabot bouche-rondes représentées dans les rivières de La Réunion.
Dans le prolongement de ce travail, une thèse a été menée par Thierry HOAREAU, avec l’encadrement de l’ARDA, de l’Université de Montpellier II (Laboratoire Ecosystème Lagunaire) et l’Université de La Réunion (Laboratoire d’écologie marine).
L’existence de deux milieux au cours du cycle de vie de ces espèces implique une complexité des processus de colonisation de milieux très éloignés. A cela, s’ajoutent les mouvements d’individus au sein de la rivière qui sont le fruit des mouvements ascendants liés au comportement rhéophile agonistique ainsi qu’aux perturbations hydrologiques et anthropiques qui entraîneraient un retour d’individus en aval des cours d’eau. Par ailleurs, l’ensemble de ces individus adultes contribuerait à l’apport d’individus au pool larvaire océanique.
Comme hypothèse de travail, ce pool larvaire contiendrait également des individus provenant de rivières beaucoup plus éloignées, issus d’autres îles de la zone sud-ouest de l’Océan Indien (Maurice, Madagascar ou encore les Comores).
La complexité des processus influençant l’organisation des populations implique l’utilisation d’une approche multidisciplinaire dans le but de mieux comprendre la biologie des populations, l’étude de la dispersion et l’analyse des structures génétiques à plusieurs échelles. Dans le cadre de cette thèse, l’ensemble de ces disciplines ainsi que leurs interrelations seront utilisés afin de mieux comprendre les mécanismes influençant l’organisation des populations dans l’espace et la répartition de leurs individus d’un point de vue qualitatif et quantitatif sur une échelle spatio-temporelle.
Ainsi, le projet d’étude s’articule autour de trois parties distinctes qui permettront d’atteindre les objectifs fixés :
Les travaux de traitement et d’analyse des échantillons (génétique, otolithométrie, structure des populations en rivière) ont été finalisés avec la thèse de Thierry HOAREAU, qui a été soutenue le 27 octobre 2005 à l’Université de La Réunion.
Résumé de la présentation de thèse de Thierry HOAREAU :
Les « bichiques » sont des post-larves de poissons Gobiidés (Sicydiinées), exploitées par une pêcherie traditionnelle à La Réunion. Il s’agit principalement de Sicyopterus lagocephalus, qui présente un cycle de vie amphidrome : l’adulte vit et pond en eau douce, alors que la dispersion larvaire est océanique et aboutit à la colonisation des rivières par les post-larves. Leur exploitation et l’aménagement des rivières nécessitent d’appréhender globalement le fonctionnement de l’espèce.
Une approche multi-disciplinaire a été menée.
L’étude moléculaire d’abord (cyt b) a montré l’homogénéité génétique de l’espèce sur toute son aire de répartition. L’étude de la connectivité dans le sud-ouest de l’Océan Indien (SOOI), sur des échantillons de La Réunion, Maurice et Mayotte a permis grâce aux allozymes et aux introns de montrer l’existence d’une seule population homogène à l’échelle régionale. Les flux de gènes importants suggèrent un fort potentiel de dispersion et une absence d’indépendance démographique ; le modèle de métapopulation ne peut pas être utilisé dans le SOOI. Un allo-recrutement (allèles nouveaux) est observé entre 2000 et 2002. Les hypothèses sur les origines autochtones et allochtones sont discutées en relation avec la courantologie.
L’analyse des otolithes a permis ensuite de comparer l’âge des post-larves de S. lagocephalus (199 jours) et de l’espèce sympatrique Cotylopus acutipinnis (101 jours). Leur distribution respective permet des hypothèses sur l’origine des recrues. Enfin, la démographie en rivière est étudiée grâce à plusieurs paramètres (densités, tailles, critères génétiques) et les hypothèses sur les stratégies d’invasion de la rivière sont comparées.
Les résultats sont discutés en terme de biologie de la conservation de l’espèce.
Otolithes comparés de S. lagocephalus et C. acutipinnis
L’anguille est une ressource fortement exploitée dans de nombreuses régions du globe (production totale annuelle de 250 000 t, principalement en Europe, Amérique du Nord et Asie). Les stocks d’anguilles de l’hémisphère Nord, qui sont les stocks principalement exploités, accusent un dramatique déclin. Partout où l’anguille est présente, son statut patrimonial et socio-économique est remarquable.
Dans l’ouest de l’Océan Indien, autour de Madagascar, 4 espèces d’anguilles sont répertoriées. Le niveau d’exploitation dont elles sont l’objet est mal connu mais sans aucun doute significatif bien que variable selon les contextes sociaux et économiques propres à chaque région. Deux d’entre elles sont endémiques de la zone (l’anguille du Mozambique Anguilla mossambica et l’anguille tachetée Anguilla nebulosa labiata), l’anguille « bicolore » est également présente en Inde et Indonésie (Anguilla bicolor bicolor). La dernière espèce, l’anguille marbrée Anguilla marmorata, s’étend sur toute la région Indo-Pacifique, de l’Afrique de l’Est jusqu’en Polynésie et de l’Australie au Japon.
Anguilla marmorata ou anguille marbrée
Au niveau de notre région, cette ressource halieutique est surtout exploitée artisanalement (pêcheries) dans de nombreuses localités. On constate une exploitation vivrière à Madagascar, dans les îles de La Réunion et de Maurice, tandis qu’elle est « tabou » à Mayotte et dans certaines régions de Madagascar. Depuis une quinzaine d’années, des demandes émanant des marchés asiatiques et européens ont provoqué la création d’une activité de pêche focalisée sur les civelles à Madagascar. Les niveaux de production et les aspects sociaux et économiques restent à ce jour mal identifiés. En Afrique du Sud, des expériences de grossissement en rivière (ranching) ont débuté récemment et permettent déjà l’exportation vers l’Europe et l’Asie. Ainsi il est prévisible que l’exploitation de la ressource en anguilles de la zone devrait augmenter fortement les prochaines années, stimulée par le déclin des autres populations d’anguilles exploitées dans le monde (Europe, Amérique, Japon…) et par la demande des marchés asiatiques.
A travers le monde, les stocks d’anguilles exploités font l’objet de suivis. Par exemple, en Europe, des « tableaux de bord » permettent de connaître l’état des stocks de géniteurs et d’en suivre l’évolution à l’échelle d’un bassin versant. Des programmes européens sont également en cours afin de fournir les bases biologiques et scientifiques en vue d’une gestion intégrée et durable de la ressource. Ce type d’outil d’aide à la gestion permet de définir des mesures efficaces pour la préservation de l’espèce (période de prélèvement, quotas raisonnés de captures…) tout en assurant le développement de la pêcherie des anguilles.
Dans le sud-ouest de l’Océan Indien, en préalable à la définition et à la mise en place de mesures de gestion efficaces, il est important de mieux caractériser les populations d’anguilles tout en établissant un état des connaissances sur les enjeux sociétaux liés à l’exportation des anguillidés dans la zone. En effet, à l’heure actuelle, le cycle biologique des anguilles tropicales, espèces migratrices entre mer et rivières, est très peu connu, et la plupart de leurs traits écologiques, notamment toute la phase marine, reste tout à fait inconnue. Nous ne savons pas combien il existe de stocks d’anguilles par espèce à l’ouest de l’Océan Indien, ni l’état de ces stocks et le niveau de leur exploitation.
Ainsi, afin d’apporter des éléments de connaissance nécessaires à la préservation et à la gestion de cette ressource régionale, quatre champs de recherche complémentaires sont proposés :
Une telle recherche en biologie de la conservation d’une espèce au statut mal connu, ne peut s’envisager qu’un niveau régional et justifie la mise en place d’un réseau d’équipes de recherche et/ou d’institutions impliquées dans la gestion de cette ressource.
La finalité du projet est d’acquérir de nouveaux éléments de connaissance essentiels pour la gestion et la conservation des espèces d’anguilles du sud-ouest de l’Océan Indien.
Le programme de recherche regroupe les quatre thématiques précisées ci avant. Les résultats ainsi obtenus constitueront une première caractérisation de la population d’anguilles à l’échelle régionale. Ils permettront d’élaborer un premier diagnostic sur la conservation de ces espèces.
Le projet s’appuie sur différents types d’analyses d’un échantillon de civelles et d’anguilles jaunes prélevées dans la zone sud-ouest de l’Océan Indien.
L’échantillonnage des civelles et anguillettes a été conduit par l’ARDA à La Réunion, à l’Ile Maurice, aux Seychelles, aux Comores en avril 2005. A Madagascar, les échantillons sont réalisés en partenariat avec l’Institut Halieutique des Sciences Marines de Tuléar (IHSM), et au Mozambique en partenariat avec l’Institut des Pêches du Mozambique de Maputo (IFR).
Les analyses sur les anguilles seront conduites par les différents laboratoires :
- Microstructure des otolithes :
Université de La Rochelle (Pr. Eric FEUNTEUN),
- Isotopes des otolithes :
EPHE de Perpignan (Dr. Raymonde LECOMTE),
- Génétique des populations :
Université de Montpellier UMR 5119 (Pr. Patrick BERREBI),
- Communauté de parasites :
Université de Perpignan (Dr. Pierre SASAL).
La synthèse des résultats de ces travaux a donné lieu à la publication d’un rapport et à l’organisation d’un séminaire de restitution à La Réunion, avec les chercheurs et ingénieurs référents de ce projet, à Saint-Leu (Ile de La Réunion), les 7 et 8 novembre 2006.
L’objectif de l’étude est de caractériser la population de truite arc-en-ciel Oncorhynchus mykiss sur les cours d’eau pérennes de l’île de La Réunion, en vue de donner à la Fédération des Associations Agréées de Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques de La Réunion les connaissances nécessaires à la mise en place d’un plan de gestion sur cette espèce.
Cet objectif général peut être décomposé en trois objectifs particuliers :
Biométrie d’une truite arc-en-ciel Oncorhynchus mykiss