A La Réunion, la famille des Gobiidae est la mieux représentée dans les cours d’eau de l’île, notamment par Cotylopus acutipinnis et surtout par Sicyopterus lagocephalus, espèces migratrices communément appelées « cabots bouche-rondes », les adultes du « Bichique ».
Ce sont des poissons vivant en eau douce, mais qui ne sont pas affranchis du milieu marin.
Le cycle du cabot bouche-ronde est aujourd’hui bien appréhendé. Il s’agit d’espèces amphidromes : les adultes vivent et se reproduisent en rivière, les larves sont entraînées vers l’océan ; après plusieurs mois passés en mer, les juvéniles (ou « bichiques ») se regroupent aux estuaires pour recoloniser les rivières. C’est à ce moment qu’ils sont pêchés en masse.
Depuis longtemps, cette pêche et le plat traditionnel créole qu’elle permet de préparer (le « cari bichique ») font partie du patrimoine culturel réunionnais. Cette activité halieutique, en plus d’être solidement ancrée dans la culture locale, a une importance socio-économique tout à fait significative, car elle concerne de nombreuses familles réunionnaises.
La faible disponibilité de la ressource et la faible extension spatiale de cette pêche induisent une forte pression de pêche sur les stocks de « bichiques » dans des espaces aux équilibres écologiques fragiles, aux embouchures des rivières pérennes de l’île, c’est-à-dire à l’interface entre le milieu dulçaquicole et le milieu marin. Les techniques de pêche se sont beaucoup développées ces dernières années. La pêche traditionnelle à la vouve est fortement concurrencée par la pêche au filet moustiquaire, plus efficace et moins contraignante.
Parallèlement à cela, l’eau douce, et plus particulièrement celle des rivières (les aquifères étant peu nombreux), est une ressource très convoitée à La Réunion. Les besoins engendrés d’une part, par la démographie croissante et d’autre part, par l’augmentation des surfaces agricoles irriguées, ont conduit les aménageurs, l’Etat et les collectivités à multiplier les captages d’eau dans les rivières.
Les trois encoches de Sicyopterus lagocephalus (photo E. Vigneux)
Le corps du cabot bouche-ronde, pouvant mesurer de 4 à 13 cm, est assez allongé et cylindrique. Le museau est arrondi et la bouche très inférieure. Il a trois encoches sur la lèvre supérieure, ce qui le différencie de l’autre cabot bouche-ronde, Cotylopus acutipinnis
Cotylopus acutipinnis (photo E. Vigneux)
Ventouse de Sicyopterus lagocephalus (photo E. Vigneux)
Grâce à une ventouse ventrale, issue de la réunion de ses deux nageoires pelviennes, le cabot bouche-ronde peut remonter des chutes de plusieurs dizaines de mètres et coloniser les cours d’eau jusqu’à une altitude supérieure à 600 m et à plus de 20 km de l’embouchure.
Faciès de type rapide – Rivière des Remparts (photo ARDA)
Les cabots bouche-rondes se trouvent le plus souvent dans les faciès de type rapide. Les préférences d’habitat semblent évoluer avec l’âge du poisson. Les plus jeunes affectionnent les zones où le courant est moins important et les hauteurs d’eau plus faibles. Les individus les plus âgés recherchent les zones les plus rapides et de plus grande profondeur.
Il s’agit d’une espèce très rhéophile, c’est-à-dire apte à coloniser les milieux où les écoulements sont extrêmes.
Le cabot bouche-ronde possède un régime alimentaire particulier constitué de microphages benthiques, de diatomées, d’algues fixées à la surface des rochers. Cet ensemble constitue le périphyton que le poisson broute grâce à une bouche adaptée, en position très ventrale.
Sicyopterus lagocephalus mâle (photo E. Vigneux)
Ponte de Sicyopterus lagocephalus (photo ARDA)
Larve de Sicyopterus lagocephalus en eau douce (photo ARDA)
Larve de Sicyopterus lagocephalus en mer (photo ARDA)
Les larves, entraînées par le courant jusqu’à la mer vont s’y développer jusqu’au stade juvénile (environ 30 mm de taille). Les larves ne subissent aucun développement en eau douce, c’est le passage en eau de mer qui déclenche les premières transformations et la poursuite du développement.
Pêcheurs de bichiques à la Rivière des Roches (photo ARAD)