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Les Espèces de Poissons et Macrocrustacés d'eau douce de La Réunion

Présentation des espèces :

Sortie du fond de l'océan il y a seulement deux millions d'années, La Réunion est une île jeune du point de vue géologique. Sa jeunesse et son isolement géographique expliquent en partie la faible diversité spécifique de la macrofaune dulçaquicole locale.

En effet, à l'origine, les rivières et les étangs de La Réunion n'ont pu être colonisés que par des espèces marines remontant dans les estuaires ou par des espèces migratrices réalisant une partie de leur cycle biologique en eau douce. C'est ainsi qu'il existe très peu à La Réunion d'espèces piscicoles d'eau douce endémiques alors que l'on en compte beaucoup dans le règne végétal. En revanche, plusieurs espèces sont endémiques de la région Madagascar – Mascareignes.

Seules certaines espèces marines dotées d'une forte euryhalinité se sont progressivement adaptées aux eaux douces et ont pu, peu à peu, remonter les cours d'eau pour y occuper certains habitats.

Par ailleurs, contrairement à d'autres systèmes insulaires, La Réunion ne possède pas de zones de mangroves, ni d'importantes zones humides susceptibles de fournir une variété de biotopes et de niches écologiques favorisant la diversité des peuplements faunistiques.

Enfin, les spécificités du régime d'écoulement de l'ensemble des cours d'eau de l'île (régime torrentiel) sont à l'origine d'une sélection drastique des espèces : peu sont en effet capables de résister aux conditions extrêmes d'écoulement en période cyclonique.

Au cours des années précédentes, le peuplement autochtone des eaux douces s'est toutefois fortement modifié par l'action de l'homme qui a entrepris d'introduire plusieurs espèces de poissons soit dans le cadre de la lutte anti-paludique (guppy), soit pour tenter d'initier des activités de pisciculture (tilapias, truites, carpes…).

Liste des poissons d'eau douce de La Réunion :

- Les poissons strictement dulçaquicoles indigènes  :

Famille des Mugilidae : Agonostomus telfairii (Benett, 1831) ou "Chitte"

 
Agonostomus telfairii ou "chitte"

- Les poissons strictement dulçaquicoles introduites  :

Famille des Poecilidae : Xiphophorus hellerii (Heckel, 1848) ou "Porte-épée" et Poecilia (Lebistes) reticula (Peters, 1852) ou "Guppy"

 
Xiphophorus hellerii ou "porte-épée"

 
Poecilia reticulata ou "guppy"

Famille des Cichlidae : Oreochromis sp. ou "Tilapia"

 
Oreochromis niloticus ou "tilapia"

Famille des Salmonidae : Oncorhynchus mykiss (Walbaum, 1792) ou "truite arc-en-ciel"

 
Oncorhynchus mykiss ou "truite arc-en-ciel"

- Les poissons migrateurs :

Famille des Anguillidae : Anguilla bicolor bicolor (Mc Clelland, 1844) ou "Anguille bicolore" ; Anguilla marmorata (Quoy et Gaimard, 1844) ou "Anguille marbrée" ; Anguilla mossambica (Peters, 1852) ou "Anguille du Mozambique" ; Anguilla nebulosa (bengalensis) labiata (Peters, 1852) ou "Anguille marbrée africaine"

 
Anguilla bicolor bicolor ou "Anguille bicolore"

Famille des Gobiidae migrateurs : Sicyopterus lagocephalus (Pallas, 1774) ou "Cabot bouche-ronde" et Cotylopus acutipinnis (Guichenot, 1863) ou "Cabot bouche-ronde"

 
Sicyopterus lagocephalus ou "cabot bouche-ronde"

- Les poissons vivant en eau douce mais ayant une forte affinité marine :

Famille des Eleotridae : Eleotris fusca (Bloch et Schneider, 1801) ou "Cabot noir" et Eleotris mauritianus (Bennett, 1831) ou "Cabot noir"

 
Eleotris fusca ou "cabot noir"

 
Eleotris mauritianus ou "cabot noir"

Famille des Gobiidae non migrateurs : Glossogobius giurus (Hamilton-Buchanan, 1822) ou "Loche" ; Stenogobius polyzona (Valenciennes, 1837) ou "Cabot rayé"

 
Awaous nigripinnis ou "loche"

 
Glossogobius giurus ou" loche tête plate"

 
Stenogobius polyzona ou "cabot rayé"

Famille des Kuhliidae : Kuhlia rupestris (Lacépède, 1802) ou "Poisson plat" ou "Doule de roche"

 
Kuhlia rupestris ou "poisson plat"

- Les poissons marins euryhalins pouvant être rencontrés de façon sporadique dans les eaux douces côtières :

Famille des Syngnathidae : Microphis brachyurus millepunctatus (Kaup, 1856) ou "Syngnathe"

Famille des Ophichthidae : Yirrkala tenuis (Günther, 1870)

Famille des Mugilidae (hors genre Agonostomus) : Valamugil cunnesius (Valenciennes, 1836) ou "mulet" ou "muge" ; Valamugil robustus (Günther, 1861) ou "mulet" ; Mugil cephalus (Linné, 1758) ou "mulet cabot".

Liste des macrocrustacés décapodes d'eau douce de La Réunion :

- Les Macroures nageurs :

Famille des Atyidae : Atyoida serrata (Bate, 1888) ou "Crevette bouledogue" ; Caridina serratirostris (De Man, 1892) ou "Chevaquine" ; Caridina typus (Milne-Edwards, 1837) ou "Chevaquine"

 
Atyoida serrata ou "crevette bouledogue"

 
Caridina typus ou "chevaquine"

Famille des Palaemonidae : Macrobrachium australe (Guérin et Méneville, 1838) ou "Chevrette" ; Macrobrachium lar (Fabricius, 1798) ou "Camaron" ; Macrobrachium lepidactylus (Hilgendorf, 1879) ou "Ecrevisse"

 
Macrobrachium australe ou "chevrette"

 
Macrobrachium lar ou "camaron"

 
Macrobrachium lepidactylus ou "écrevisse"

- Les Brachioures :

Famille des Grapsidae : Varuna litterata (Fabricius, 1798) ou "Crabe"

Famille des Potamonidae : Potamon bouvieri (Rathbun, 1904) ou "Crabe"

 
Varuna litterata ou "crabe"

Répartition des espèces :

Tableau de répartition longitudinale des principales espèces de poissons et macrocrustacés d'eau douce de La Réunion :

 

Noms des espèces

Noms vernaculaires

Cours inférieur

Cours moyen

Cours supérieur

Macrocrustacés

Atyoida serrata

Crevette bouledogue

x

x

x

Caridina typus

Chevaquine

x

x

-

Caridina serratirostris

Chevaquine

x

x

-

Macrobrachium australe

Chevrette

x

x

-

Macrobrachium lepidactylus

Ecrevisse

x

x

-

Macrobrachium lar

Camaron

x

x

x

Varuna litterata

Crabe

x

-

-

Poissons

Anguilla marmorata

Anguille marbrée

x

x

x

Anguilla mossambica

Anguille du Mozambique

x

x

x

Anguilla bicolor bicolor

Anguille bicolore

x

x

-

Agonostomus telfairii

Chitte

x

x

-

Kuhlia rupestris

Poisson plat

x

x

-

Eleotris fusca

Cabot noir

x

x

-

Eleotris mauritianus

Cabot noir

x

x

-

Awaous nigripinnis

Loche

x

x

-

Glossogobius giurus

Loche

x

-

-

Stenogobius polyzona

Cabot rayé

x

-

-

Sicyopterus lagocephalus

Cabot bouche-ronde

x

x

x

Cotylopus acutipinnis

Cabot bouche-ronde

x x x

Les espèces de poissons indigènes de La Réunion :

Hormis le cabot bouche-ronde et l'anguille, les espèces de poissons indigènes de l'île colonisent essentiellement le cours inférieur et moyen des rivières. Il existe encore de grandes lacunes dans la connaissance complète du cycle biologique de ces espèces. Ces espèces ne sont pas complètement affranchies du milieu marin ou côtier ; elles ont une phase de leur cycle de vie qui se déroule en mer ou en milieu estuarien. La continuité écologique entre la rivière et l'océan conditionne l'état des peuplements.

Les espèces de poissons introduites à La Réunion :

Avec les autres espèces végétales et animales, de nombreux essais d'introduction et d'acclimatation d'espèces de poissons ont été expérimentés. Ces introductions ont été notamment motivées par l'intérêt nutritif, la lutte biologique et l'intérêt ornemental des espèces de poissons. Ainsi, le carassin doré (Carassius auratus), le gourami (Osphromenus goramy), la carpe (Cyprinus carpio), plusieurs espèces de tilapia (Oreochromis sp.) et la truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss) ont été introduits pour leur intérêt nutritif.

La gambusie (Gambusia affinis), le guppy (Poecilia reticulata), le porte-épée (Xiphophorus hellerii) et le platy (Xiphophorus maculatus) ont été introduits pour lutter contre la prolifération des larves de moustiques vecteurs du paludisme.

Aujourd'hui, de nombreuses autres espèces de poissons ont pu être importées vers la Réunion par les aquariophiles. Dans le milieu naturel, des espèces ont déjà été recensées, comme le gourami de Sumatra (Trichogaster trichopterus) dans l'Etang de Saint-Paul, le nigro (Archocentrus nigrofasciatus) dans les rivières Saint-Jean et Sainte-Suzanne, le néon du pauvre (Tanichtys albonubes) au Piton de l'Eau, et le managuense (Parachromis managuensis) dans l'étang du Gol.

L'ensemble des espèces introduites et acclimatées au milieu naturel de La Réunion effectue leur cycle complet de reproduction en eau douce.

La truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss) se développe sur le cours supérieur des rivières, parfois sur des portions pas ou très peu colonisées par les espèces de poissons indigènes car trop peu souvent reliées jusqu'à l'océan. Aujourd'hui bien adapté sur la partie amont de certains cours d'eau (Bras de la Plaine, Rivière des Remparts...), où sa reproduction a pu être observée, ce poisson fait l'objet d'une pêche de loisir. La répartition du guppy et du porte-épée est soumise à la fantaisie des aquariophiles qui lâchent des spécimens dans la nature. Les autres espèces de poissons introduites sont essentiellement présentes dans les étangs et les mares de l'île, ou encore sur le cours inférieur et moyen des rivières pérennes.

Les espèces de macrocrustacés de La Réunion :

Les macrocrustacés sont essentiellement présents sur le cours inférieur et le cours moyen des rivières. Seule, la crevette bouledogue (Atyoida serrata) colonise le cours supérieur des rivières.

Les cycles biologiques des espèces de macrocrustacés de l'île sont en général mal connus car peu ou pas appréhendés. Des premières études et la comparaison avec des espèces voisines mettent en évidence un cycle de reproduction migrateur : la phase larvaire se déroule en eau saumâtre ou salée, alors que les adultes vivent en eau douce, parfois loin de l'embouchure (Atyoida serrata colonise le cours amont jusqu'à 1200 m d'altitude).

Conclusions sur les peuplements de poissons et de macrocrustacés indigènes d'eau douce de La Réunion :

- La richesse spécifique est relativement faible, elle diminue en s'éloignant de l'embouchure :

Ex. Rivière du Mât en 2011 :

  • station Mât 0, 0 km de l'embouchure : 12 espèces,
  • station Mât 1, 7,5 km de l'embouchure : 6 espèces,
  • station Mât 2, 15 km de l'embouchure : 4 espèces,
  • station Mât 3, 22 km de l'embouchure : 3 espèces,
  • station Mât 4, 28,5 km de l'embouchure : 2 espèces

- A une période de leur cycle biologique, toutes les espèces indigènes doivent rejoindre la mer ou la zone saumâtre d'embouchure. Les zones d'embouchure et le cours aval des rivières présentent donc la plus forte richesse et participent de façon fondamentale à l'équilibre global des peuplements des cours d'eau à La Réunion.

- La plupart des espèces indigènes sont migratrices.

- Seules les espèces à fortes capacités de colonisation (cabot bouche-ronde, anguille, chevaquine) profitent du cours amont pour se développer et éventuellement se reproduire.